Lune · 8 min de lecture

Lune noire, lune bleue, super lune : le glossaire des lunes

Le vocabulaire lunaire foisonne d'expressions évocatrices, parfois confuses. Voici un glossaire clair qui sépare le fait astronomique de ce que la tradition a brodé autour.

La pleine lune dans un ciel nocturne
Tomruen, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Pleine et nouvelle lune : le rappel

Avant d'aborder les appellations savantes ou poétiques, il faut revenir au mouvement fondamental. La Lune tourne autour de la Terre en un peu plus de vingt-sept jours, mais le cycle qui nous intéresse, celui des phases, dure environ vingt-neuf jours et demi : c'est la lunaison, ou mois synodique. Ce décalage tient au fait que, pendant que la Lune fait le tour de la Terre, l'ensemble du système avance autour du Soleil.

La nouvelle lune survient lorsque notre satellite se place entre la Terre et le Soleil : sa face éclairée nous tourne le dos, et le disque devient pratiquement invisible. La pleine lune correspond à la situation inverse : la Terre se trouve entre le Soleil et la Lune, dont la face visible est alors entièrement illuminée. Entre ces deux extrêmes se déroulent les croissants et les quartiers, croissants montants jusqu'à la pleine lune, décroissants ensuite.

La tradition a longtemps associé la nouvelle lune aux commencements et aux intentions naissantes, et la pleine lune à la plénitude, à l'aboutissement, parfois à une intensité émotionnelle accrue. Ce sont là des lectures symboliques, transmises par les cultures, et non des effets démontrés.

Super lune et micro-lune

L'orbite de la Lune n'est pas un cercle parfait mais une ellipse. Sa distance à la Terre varie donc au fil du mois, entre un point le plus proche, le périgée, et un point le plus éloigné, l'apogée. L'écart est loin d'être négligeable : la Lune peut se trouver environ cinquante mille kilomètres plus près à certains moments qu'à d'autres.

On parle de super lune lorsqu'une pleine lune coïncide avec un passage proche du périgée. Le disque paraît alors un peu plus grand et plus lumineux que d'ordinaire, de l'ordre de quelques pour cent en diamètre apparent. La différence reste subtile à l'œil nu, et l'impression de « lune géante » près de l'horizon relève surtout d'une illusion d'optique liée au paysage. À l'inverse, une pleine lune survenant près de l'apogée, plus petite et plus pâle, est parfois nommée micro-lune.

Il faut noter que l'expression « super lune » n'est pas un terme astronomique officiel : elle provient d'un vocabulaire popularisé au vingtième siècle. La tradition y voit volontiers un moment de force amplifiée ; là encore, il s'agit d'une interprétation culturelle et non d'une propriété mesurable de l'astre.

La lune bleue et ses deux sens

La lune bleue n'a, malgré son nom, rien à voir avec une couleur. C'est un phénomène de calendrier, et il en existe deux définitions distinctes qu'il convient de ne pas confondre.

  • La lune bleue mensuelle désigne la deuxième pleine lune survenant à l'intérieur d'un même mois civil. Comme la lunaison dure environ vingt-neuf jours et demi, et que la plupart des mois en comptent trente ou trente et un, il arrive qu'un mois abrite deux pleines lunes. C'est l'acception la plus répandue aujourd'hui.
  • La lune bleue saisonnière, plus ancienne, désigne la troisième pleine lune d'une saison qui en compte quatre, là où une saison en compte habituellement trois. Cette définition était utilisée dans certains almanachs.

Le sens mensuel s'est popularisé à la suite d'une interprétation simplifiée parue dans la presse au vingtième siècle. L'expression anglaise « once in a blue moon » évoque d'ailleurs un événement rare. Sur le plan symbolique, la tradition associe parfois cette pleine lune supplémentaire à un surcroît d'occasions ou à un temps propice au recueillement. C'est une coloration culturelle, à recevoir comme telle.

La lune noire, symétrique de la bleue

La lune noire est le miroir exact de la lune bleue, transposé sur la phase obscure du cycle. Là aussi, deux définitions cohabitent : selon l'acception la plus courante, c'est la deuxième nouvelle lune d'un même mois civil ; selon une lecture saisonnière, c'est la troisième nouvelle lune d'une saison qui en compte quatre.

Astronomiquement, une lune noire n'a rien de spectaculaire à observer, puisqu'une nouvelle lune est par nature invisible. Son intérêt est entièrement calendaire et symbolique. Comme l'expression « lune bleue », « lune noire » n'appartient pas au vocabulaire scientifique formel.

Attention à ne pas confondre cette acception avec un autre usage du terme : en astrologie, l'expression « Lune noire » désigne aussi un point théorique de l'orbite, sans lien avec les phases. Dans le cadre de ce glossaire, nous parlons bien de la double nouvelle lune. La tradition lui prête volontiers une valeur d'introspection ou de remise à zéro ; il s'agit, une fois de plus, d'une lecture symbolique transmise par les usages.

La lune de sang

La lune de sang est la seule de cette liste à reposer sur un phénomène optique réel et observable : elle désigne une éclipse totale de Lune. Lorsque la Terre passe exactement entre le Soleil et la Lune, elle projette son ombre sur cette dernière. Mais la Lune ne disparaît pas pour autant dans le noir complet.

La lumière solaire qui rase l'atmosphère terrestre y est filtrée et déviée : les teintes bleues sont dispersées, tandis que les rouges et les orangés passent et viennent éclairer faiblement le disque lunaire. C'est exactement le mécanisme qui colore nos couchers de soleil. La Lune se pare alors d'une teinte cuivrée, parfois rougeâtre, d'où son surnom.

Le phénomène ne survient que lors d'une pleine lune et seulement quand l'alignement est suffisamment précis. Frappant à l'œil, il a nourri d'innombrables récits à travers les âges. La tradition l'a souvent chargé de présages ; nous le présentons ici comme un héritage culturel, sans lui prêter de pouvoir réel.

Les noms des pleines lunes

Bien avant les calendriers modernes, de nombreuses cultures donnaient un nom à la pleine lune de chaque mois, repère commode pour rythmer l'année. Ces appellations, popularisées en Occident à travers les almanachs, gardent une saveur poétique. Parmi les plus connues figurent :

  • La lune des moissons, pleine lune la plus proche de l'équinoxe d'automne, dont la lumière prolongeait jadis le travail des champs en soirée.
  • La lune des loups, traditionnellement attribuée au cœur de l'hiver.
  • La lune des fleurs, associée au printemps avancé.
  • La lune des fraises, liée au début de l'été et aux premières récoltes.

Ces noms ne décrivent aucune particularité astronomique : la pleine lune reste la pleine lune. Ils relèvent d'une tradition d'observation de la nature et des saisons, transmise oralement puis fixée par l'imprimé. C'est un patrimoine de langage, à savourer pour sa beauté plus que pour une quelconque influence. Pour suivre le cycle au quotidien, essayez notre calculateur de phase lunaire ou le calendrier lunaire à imprimer.

Ce qu'il faut retenir

La plupart de ces expressions désignent soit une coïncidence de calendrier, soit un effet de distance ou d'optique parfaitement explicable. La super lune tient à une orbite elliptique ; la lune bleue et la lune noire sont des accidents heureux du calendrier ; la lune de sang est une éclipse colorée par notre propre atmosphère ; les noms saisonniers sont un héritage de langage.

Connaître ces faits n'enlève rien à la part de rêve que la Lune inspire depuis toujours. Bien au contraire : distinguer clairement le mécanisme observable de la lecture symbolique permet de contempler le ciel avec autant de justesse que d'émerveillement.

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